Un projet finalement abandonné
À peine notre première salle ouverte, les idées pour la suivante commencent déjà à prendre forme.
Le premier concept qui nous enthousiasmait puisait son inspiration dans l'univers gothique, décalé et délicieusement absurde de certaines célèbres familles excentriques du cinéma et de la télévision. C'est un univers qu'Ambre et moi apprécions énormément, et nous avons longtemps imaginé ce que pourrait donner une aventure construite autour de cette esthétique.
Mais, à mesure que le projet avançait, plusieurs limites sont apparues.
La première concernait l'humour.
Dans ce type d'univers, une grande partie du charme repose sur les personnages eux-mêmes, leurs expressions, leurs dialogues et leurs interactions. Dans un escape game, ces personnages seraient nécessairement absents ou seulement évoqués au travers d'enregistrements, de mises en scène ou de quelques représentations. Nous avions peur de perdre précisément ce qui fait l'identité de cet univers.
La seconde difficulté concernait les attentes des joueurs.
Des décors sombres, un vieux manoir et une ambiance macabre évoquent spontanément l'horreur. Pourtant, notre intention n'aurait jamais été de créer une salle effrayante, mais une aventure humoristique. Le risque était donc de décevoir deux publics à la fois : attirer des joueurs venus chercher une expérience horrifique et, à l'inverse, décourager ceux qui auraient évité la salle en pensant qu'elle leur ferait peur.
Enfin, il y avait une raison plus profonde.
Nous avons toujours trouvé étrange cette pratique, pourtant assez répandue dans le monde des escape games, qui consiste à reproduire un univers connu tout en faisant semblant de ne pas le copier. Changer quelques noms ou quelques détails ne transforme pas une licence en création originale.
Lorsque nous avons créé Ex Machina, nous nous étions promis une chose : imaginer nos propres univers. C'est plus difficile, plus long, parfois plus risqué… mais aussi infiniment plus satisfaisant.
Nous avons donc préféré repartir d'une feuille blanche.
Direction les années 70 !
Cette nouvelle feuille blanche nous a finalement conduits dans une direction totalement différente.
Nous avons choisi un univers beaucoup plus coloré, extravagant et résolument optimiste. Un décor qui semble immédiatement familier, comme un souvenir collectif que tout le monde partage sans pouvoir vraiment dire d'où il vient.
Notre inspiration puise dans les films d'espionnage des années 60 et 70, mais surtout dans leurs parodies. Ces œuvres où les méchants possèdent une base secrète cachée sur une île volcanique, où les machines capables de détruire le monde sont incroyablement sophistiquées et où les tapisseries psychédéliques rivalisent avec les costumes les plus improbables.
On y retrouve un peu d'Austin Powers, quelques clins d'œil à Deathloop, l'énergie décalée de Moi, moche et méchant, ou encore l'esthétique du clip Genghis Khan de Miike Snow. Non pas pour les reproduire, mais parce qu'ils partagent tous cette même vision exubérante de l'espionnage.
C'est un style avec lequel je n'avais encore jamais travaillé.
Pourtant, dès les premiers croquis, quelque chose a immédiatement fonctionné. Les idées arrivaient naturellement, les mécanismes trouvaient leur place presque tout seuls et chaque nouveau dessin donnait envie d'aller un peu plus loin.
Parfois, les meilleurs projets sont justement ceux que l'on n'avait pas prévus.
C'est ainsi qu'est née notre prochaine aventure.